Aujourd'hui

Parc la Grange
quai Gustave-Ador 66b
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Durant l'été 2018, le monde découvrait une jeune fille, nommée Greta Thunberg, qui protestait, seule et chaque vendredi devant le Parlement suédois, pour dénoncer l’inaction face aux changements climatiques. Ce même été, le Théâtre de l’Orangerie ouvrait un premier cycle de trois ans avec une programmation focalisée sur le rapport que l’être humain entretient avec son environnement. Nous sommes fièr·es de cette coïncidence et heureuses et heureux de constater à quel point l’attention médiatique et publique sur l’impact dramatique de la civilisation humaine sur notre planète a pris de l’ampleur en si peu de temps.

Aujourd’hui tout·e citoyen·ne sait, à moins de souhaiter être sourd·e et aveugle. Aujourd’hui les prises de positions claires et fortes ne se comptent plus. Aujourd’hui les idées et les projets pour provoquer un changement se multiplient. Même si tout reste encore à faire.

En tant que lieu culturel, le TO peut ainsi commencer à se libérer du rôle de lanceur d’alerte. Les inégalités sociales et politiques, la spiritualité et l’éducation, la science et l’écriture, les différences ethniques et de genre, toute notre civilisation qui nous a emmené au bord du gouffre environnemental, tout redevient matière artistique.

Les questions rebondissent. À partir de quand, comment et pourquoi avons-nous commencé à estimer que tout ce qui était autre qu’humain n’avait pas besoin d’être respecté, soigné, apprécié ? Que cet autre pouvait être manipulé, saccagé, exploité sans limites ? Quelles cultures ont posé les pierres de l’édifice qui est en train de s’écrouler ? Qui a délimité une frontière entre la surface de notre peau et... tout le reste ?

Après avoir privé conceptuellement toute autre entité, vivante ou non, de son âme – anima – nous avons usé et abusé de tout ce qui était alors devenu inanimé. Nous n’y sommes heureusement pas encore parvenu·es. Dans cette pratique absurde, nous avons néanmoins certainement un peu perdu de notre propre âme. Afin de nous ranimer, ré-animer, il nous faut avant tout nous mettre à l’écoute de l’animation qui règne autour de nous, renouer avec la capacité de s’émerveiller face au vivant autre qu’humain.

Maintenant que nous savons que nous sommes nature, comme tout élément qui peuple notre planète, que nous sommes spongieuses et spongieux, friables, conflictuel·les, aéré·es, que nos molécules sont en constante interaction avec toutes les autres molécules du vivant, que toute séparation est artificielle, culturelle et sociale, nous sommes enfin prêt·es, avec une joie et une énergie renouvelée, à interroger le futur, à se réunir en assemblée et à y proposer des récits qui donnent de l’espoir, des actes artistiques qui ouvrent sur une multitude infinie de possibles.

Andrea Novicov